L'architecture marocaine entre le national et l'international
INTERVIEW
Az-el-arab BENJELLOUN,
Président du Conseil Régional du Centre, de l’Ordre National des Architectes
L’architecture marocaine est aujourd’hui au cœur d’un débat relatif à l’internationalisation du métier. Elle également exposée aux surenchères de la préférence nationale. Et ce ne sont que les architectes regroupés et encadrés qui peuvent lancer les négociations avec le gouvernement pour conserver l’architecture marocaine.
Construire Magazine : On parle d’une nouvelle conception de l’architecture marocaine, eu égard l’internationalisation des projets marocains ? Alors, l’architecture marocaine est à quel niveau aujourd’hui ?
Azel-arab BENJELLOUN : Il faut savoir qu’aujourd’hui toute l’orientation de l’architecture au Maroc a pris les dimensions sur deux plans essentiels : le lancement du programme social qui nécessite une nouvelle technologie et une nouvelle manière de faire, parce qu’on ne veut plus produire l’habitat social comme on l’a produit ces dix dernières années. Ainsi, d’un côté, on est en train d’introduire auprès des architectes une nouvelle forme de pensée l’habitat social et d’un autre on a aujourd’hui une manière de faire qui peut être très valable au niveau international, puisque les nouveautés apportées aujourd’hui par les architectes marocains sont quand même très diversifiées pour tout ce qui est standing, haut standing, aménagement et développement urbain et engagement dans le développement durable. On a aujourd’hui des compétences marocaines qui travaillent très fortement sur le plan international.
Ce qui nous reste à faire, c’est encourager l’architecture marocaine et encourager ces entreprises marocaines qui sont là dans ce salon et qui elles aussi ont besoin d’un soutien de l’Etat pour la préférence nationale. Nous pouvons dire qu’un nombre important d’architectes étrangers travaillent au Maroc dans un cadre illégal avec des choses qui ne sont pas très correctes et qui ne sont pas de notre point de vue une architecture marocaine. Ainsi, il va falloir que les pouvoirs publics comprennent qu’il faut que la préférence nationale soit un atout pour nos compétences. Si on veut développer nos compétences, il faut qu’on ait les marchés nationaux.
Peut-on trouver une formule qui peut assurer la commande des marchés aussi bien pour les architectes nationaux
qu’étrangers ?
En effet, le Maroc a signé l’échange international dans le cadre du GATT. A partir de là, il faut mettre en place les formes et les conventions, à l’instar d’autres pays en voie de développement comme le nôtre, qui accompagnent cette signature et prévoient l’intervention des étrangers dans notre pays, mais qui permettent également aux architectes marocains d’intervenir dans leur pays dans des formes particulières.
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que l’intervention de l’étranger se fait dans l’illégalité totale. Pour vous dire, que l’ordre des architectes et en justice avec le Ministère de l’éducation nationale sur le fameux programme d’urgence des écoles. Il s’agit d’un appel d’offre international qui va être certainement remporté par des entreprises chinoises. Donc, le premier coup sur les architectes marocains qui ne seront que des salariés d’entreprises, ce qui est complètement contraire à la loi. Le deuxième coup, c’est que les entreprises marocaines vont souffrir, parce qu’elles ne pourront pas réaliser un des projets essentiels de ce pays. 1600 écoles et collèges vont être réalisés, mais il n’est pas normal que les appels d’offres nationaux n’accordent pas une préférence nationale aux compétences marocaines. Cependant, nous ne disons pas qu’il faut fermer la porte devant l’intervention étrangère. Mais lorsque nous sommes sur le même pied d’égalité par rapport aux appels d’offres, au niveau des compétences et des prix, nous devons être prioritaires.
Alors, quels sont les canaux de communication que vous utilisez pour des négociations entre le gouvernement et le groupement des
architectes ?
Aujourd’hui, le canal qui marche très bien, c’est celui qui est établi avec le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace, Taoufik HEJIRA.
Nous avons des conventions signées avec le Ministère de l’Habitat et le groupe Al Omrane qui sont excellentes. Nous avons des relations avec Al Omrane, à travers évidemment le Ministre, qui nous permettent de faire avec Najib Lâaraichi un excellent travail. On a noté avec satisfaction le lancement d’un concours par Al Omrane, il y a 3 mois, pour la construction de plusieurs programmes logements sociaux par ville. C’est une première dans l’histoire de l’habitat social. Mais avec les autres, on trouve vraiment la porte fermée, sauf le ministère de l’équipement avec qui nous avons pu trouver des moyens de connexion et d’amélioration de notre manière de faire.
Un mot de la fin ?
Je dis toujours, quand on me le demande, que la plus grande richesse marocaine réside dans ses compétences humaines. Et il faut donc les encourager pour les stimuler et les rendre de plus en plus compétitifs sur le plan international.
Propos recueillis par Jamal Korch
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