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Numéro en kiosque : 63 - Mars 2010
 
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Logement social : comment réduire le coût de construction
Interview Mohamed CHAIBI, Président-directeur Général de Ciment du Maroc
Interview Jean Marie SCHMITZ, Président de l’Association professionnelle des Cimentiers du Maroc (APC)
Interview David TOLEDANO, Président de la Fédération de l’Industrie des matériaux de construction
 
Logement social : Comment réduire le coût de construction
 

L’accès à des logements dans des conditions financières adaptées aux ménages est dominé par plusieurs paramètres de valorisation du bien immobilier. Si les deux paramètres relatifs au foncier et à la fiscalité peuvent être contrecarrés par les pouvoirs publics, celui des matériaux de construction qui relève du secteur privé reste l’épine dorsale du logement social à tenir droit.

La réduction du coût de production des logements dépend, donc, non seulement du foncier et de la fiscalité, mais des prix des matériaux de construction sur le marché marocain. Sur cette ligne de réflexion, émerge la situation du logement social, en tant que produit de forte consommation nécessitant un équilibre entre l’offre des promoteurs immobiliers et la demande en logements. Néanmoins, le logement social absorbe la plus grande quantité produite en matériaux de construction, notamment le ciment. Le logement social avale plus de la moitié de la quantité produite du ciment. «Je pense que notre intervention va contribuer à la réduction du coût de construction d’une manière importante. Cette réduction pourra atteindre 30 %, si nous revenons aux prix du janvier 2007, contribuons au transport autour de 50 %, enlevons la marge de distribution et si l’Etat réduit la taxe spéciale », affirme le Président-directeur Général de Ciment du Maroc, Mohamed CHAIBI.
Cette situation a fait bouger les rapports d’interaction pour de bon entre le groupe Al Omrane chargé d’exécuter la politique du gouvernement en matière des logements destinés aux pauvres et la Fédération des industries des matériaux de construction en quête d’une solution équitable en tant que secteur privé. De ce fait, les industriels des produits de base pour le logement social sont situés entre l’enclume et le marteau où la charge portée sur le coût de production et la vente du produit fini à un prix raisonnable constituent les deux chocs à recevoir.
« les cimentiers ont décidé d’aider à la réalisation du programme du logement à 140 000 DH, pour qu’il soit réaliste de dire qu’on puisse effectivement construire un logement à ce prix ayant toutes les caractéristiques de sécurité, de durabilité et de confort. On ne peut pas consentir le même effort pour l’ensemble de la construction ; Sinon, c’est le prix global du ciment qui baisserait et ce sont les résultats et la rentabilité de nos investissements qui s’effondreraient », précise le Président de l’Association professionnelle des Cimentiers du Maroc, Jean Marie SCHMITZ.

Il est à rappeler que le secteur des matériaux de construction compte plus de 700 entreprises employant quelque 35.000 salariés. Cette branche d'activité assure également une production industrielle de plus de 20 milliards de dirhams et une valeur ajoutée avoisinant les 6,5 milliards de dirhams. Ce sont donc les professionnels du ciment, la sidérurgie, les granulats et sables, le béton et la céramique qui tirent profit de la conjoncture immobilière actuelle. Leur position se consolide de plus en plus dans les projets d’infrastructures, de construction des villes nouvelles et d’ouverture de nouvelles zones à l’urbanisation.
Les données relatives à ce secteur indiquent qu'il représente 9% de la valeur ajoutée et près de 10% du produit intérieur brut. Il assure également un volume global des investissements représentant 11% dans le secteur industriel. 22% des entreprises du secteur réalisent 80% du chiffre d'affaires global et 37% de cette industrie regroupent 80% des emplois. Il est à noter également que 357 établissements opèrent dans l’industrie des produits préfabriqués à base de ciment constituant ainsi une force de production dominante.

Toutes ces performances du secteur des matériaux de construction n’excluent pas l’hypothèse de descente du logement social en crise de production. Ainsi, plusieurs réunions ont été organisées entre le ministère de l’Habitat, le Groupe Al Omrane et les industriels des matériaux de construction pour sauvegarder le pouvoir d’achat des ménages ayant un revenu faible. «  Nous faisons, depuis quelques années, une mise à niveau de nos industries pour pouvoir donner des produits à des prix compétitifs et de qualité conforme aux dispositions normatives du Maroc. Et c’est ce que nous avons essayé de mettre en place avec le Groupe Al Omrane afin de l’aider à la réalisation de ce programme extrêmement particulier, puisqu’il s’adresse à une population pauvre qui, s’elle n’a pas accès à des logements à 140 000 DH, elle va s’installer auprès des bidonvilles et des baraques», explique le Président de la Fédération des industries des matériaux de construction, David TOLEDANO.
Ainsi, les membres de la Fédération des industries des matériaux de construction ont affiché une ferme volonté de soutenir le programme du logement social en particulier celui qui est à 140 000 DH. Des efforts louables ont été déployés par les industriels afin de présenter un produit répondant aux normes internationales et à des prix raisonnables. Ainsi, la Fédération a lancé un appel à manifestation pour les industriels, les commerçants et les promoteurs pour donner les prix et la conformité aux normes afin de confectionner un catalogue regroupant des matériaux de construction référencés. Les cimentiers de leurs parts faisaient déjà un effort puisque 10% de chaque tonne de ciment allaient au Fonds de solidarité habitat en  proposant de donner des facilités en approvisionnement avec livraison sur place. D’autant plus que les cimentiers, la Sonasid et l’industrie de matériaux ont conjugué leurs efforts pour maintenir le prix de 140 000 DH pour un logement social jusqu’à 2013.

Il est à noter que le logement social pour la Fédération des industries des matériaux de construction est celui qui ne dépasse guère le prix de 140 000 DH. Quant au logement qui est égal ou supérieur à 200 000 DH, il est considéré par la Fédération en tant que moyen standing et ne relève pas du logement social, puisqu’il est menacé de spéculation.

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INTERVIEW
Mohamed CHAIBI, Président-Directeur Général de Ciment du Maroc


Construire Magazine : Quelle est votre intervention dans la réalisation du Programme des logements à 140 000 DH ?                    
Je pense que notre intervention va contribuer à la réduction du coût de construction d’une manière importante. Cette réduction pourra atteindre 30 %, si nous revenons aux prix du janvier 2007, contribuons au transport autour de 50 %, enlevons la marge de distribution et si l’Etat réduit la taxe spéciale.

Intervenez-vous également dans le programme des logements sociaux ?
En réalité, nous intervenons indirectement. On se rappelle que la taxe spéciale qui alimente le Fonds de solidarité habitat a été instituée de 50 % provenant de la marge bénéficiaire des cimentiers et de 50 % sous forme de taxe additionnelle.

Donc, les produits de la taxe spéciale sont destinés uniquement au programme de logement à 140 000 et non pas en faveur des autres programmes ?
Ces produits de la taxe spéciale sont drainés vers les logements à 140 000 DH. Pour les autres logements, que ce soit le financement du Fogarim ou de toutes les actions du ministère de l’Habitat, la contribution se fait à travers la taxe spéciale sur le ciment, qui est constituée de 50 DH supporté par le client et 50 DH prélevé sur la marge des cimentiers.

La capacité de production de ciment au Maroc répond-elle aux besoins du marché de l’habitat ?
La capacité de production de ciment répond, en effet, à la demande du marché de logements. Il y a eu quelques tensions l’année dernière, mais aujourd’hui, il existe de nouvelles capacités qui sont mises en route et d’autres sont en cours de construction. Ainsi, aucun problème de capacité n’est à souligner.

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INTERVIEW
Jean Marie SCHMITZ, Président de l’Association professionnelle des Cimentiers du Maroc (APC)


Construire Magazine : Le logement social et en particulier celui qui est à 140 000 DH est un projet d’une marge bénéficiaire réduite. Allez-vous encourager les entreprises de votre association d’intervenir dans la réalisation de ce programme et comment ?

Jean Marie SCHMITZ : Nous considérons qu’il est très important pour le Maroc, à la fois sur le plan humain et social de réussir ce pari qu’a engagé Monsieur HEJIRA avec beaucoup d’énergie. Et donc, nous avons décidé, au niveau des cimentiers, d’aider à la réussite de ce programme, en consentant aux entreprises qui passeraient des conventions avec Al Omrane, un prix du ciment diminué des hausses qui sont intervenus, depuis janvier 2007. Nous avons accepté également de livrer directement la marchandise aux entreprises qui interviendraient dans ce programme et qui auraient signé ces conventions ou de les recevoir pour  s’approvisionner directement dans nos usines tout en leur évitant de supporter les charges de la commercialisation. Donc, cette remise sur le prix du ciment et cet avantage en termes de commercialisation constitue une contribution importante, même si le ciment ne représente que 8 à 10 % du coût total d’un logement à 140 000 DH. Les cimentiers ont décidé, donc, d’encourager et de participer à la réussite de ce projet important lancé par Monsieur HEJIRA.

Le prix du ciment est aujourd’hui cher, ce qui handicape la réalisation de tous les programmes sociaux. Allez-vous intervenir dans les programmes « villes sans bidonvilles » et « les logements économiques » entre  200 000 et 300 000 DH ?

Avant de répondre à votre question, Il faut que je précise une chose. Si vous comparez le prix du ciment avec celui du pourtour méditerranéen, vous trouverez une grande différence. Et puisque le Maroc n’a malheureusement ni énergie, ni combustible, ni charbon et ni gaz, alors il sera obligé d’importer son énergie qui représente les deux tiers du coût de fabrication du ciment. Donc, le prix du ciment au Maroc, contrairement à ce que dit votre question, n’est pas cher. Il est à un prix normal. Alors, les cimentiers ont décidé d’aider à la réalisation du programme du logement à 140 000 DH, pour qu’il soit réaliste de dire qu’on puisse effectivement construire un logement à ce prix ayant toutes les caractéristiques de sécurité, de durabilité et de confort. On ne peut pas consentir le même effort pour l’ensemble de la construction ; Sinon, c’est le prix global du ciment qui baisserait et ce sont les résultats et la rentabilité de nos investissements qui s’effondreraient.

Quel est, actuellement, l’état de santé des entreprises de ciment, membres de l’APC?

L’état de santé est bon pour deux raisons : La première, c’est qu’il s’agit d’une industrie capitalistique. Pour dire qu’une cimenterie qui fait, en gros, un million de tonnes, aura besoin d’un montant de 2 milliards de DH pour l’investissement. Donc, c’est une industrie qui est très sensible au taux d’utilisation que vous faites et aux équipements que vous avez construits. Or, nous sortons d’une période de plusieurs années caractérisée par une très forte croissance de la demande où ces équipements ont tourné au maximum de leur capacité. Les résultats ont été bons parce que le taux d’utilisation des équipements a été très important. Cependant, nous risquons de passer d’une situation favorable où l’on a une forte utilisation du taux de capacité des investissements à, au contraire, une situation de surcapacité d’investissement, vu les projets qui sont annoncés à la fois pour les acteurs actuels sur le marché du ciment et pour de nouveaux entrants de construction de nouvelles capacités.
La deuxième raison, c’est qu’il y a au cours des années, une amélioration très forte des performances industrielles des cimentiers. Ces derniers ont diminué la consommation calorifique à la tonne, ont fait baisser le taux de l’électricité de kilowatt/heure consommé à la tonne de ciment produite, développé, à la fois l’utilisation et la valorisation d’un certain nombre de déchets industriels comme combustible et ont développé des énergies renouvelables.

La cherté et la rareté des matériaux de construction ont-elles poussé les entreprises à adopter des procédés novateurs?

Il y a en effet, des recherches qui sont faites de manière constante pour diminuer le coût de fabrication du ciment par une meilleure utilisation des amortissements, notamment l’énergie calorifique. Cette dernière a été, au cours de dix dernières années, diminuée d’un tiers. Donc, il y a des progrès constants pour réduire le coût de revient de ciment. Et puis, il y a des travaux de recherche qui sont réalisés, en aval des améliorations, sur les qualités d’usage de ces produits, en particulier, dans le domaine du béton. Si je prends l’exemple du groupe LAFARGE, nous avons un centre de recherche extrêmement important dans la région de LION. Il a mis au point des bétons plus faciles à travailler, ayant de meilleure résistance et présentant de meilleure qualité de confort que d’utilisation. Et donc pour le même prix de revient, on a un produit qui présente des qualités supérieures à celles qui existaient précédemment.

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INTERVIEW
David TOLEDANO, Président de la Fédération de l’Industrie des matériaux de construction

"Les prix des matériaux de construction sont très intéressants au Maroc"


Construire Magazine : Qu’en est-il de la restructuration des entreprises industrielles oeuvrant dans la production des matériaux de construction?

David TOLEDANO : Notre secteur est constitué des industriels de matériaux de construction. Nous avons une dizaine d’associations qui composent notre fédération, parmi lesquelles, les producteurs de ciment, de carreaux et de céramiques, de marbres, de briques, de fer, le sable et les agrégats, le plâtre, les bétons prêts à l’emploi et les produits en béton. C’est un secteur important qui représente 26 milliards de dirhams dans l’économie nationale, compte également plus de 700 entreprises. Ainsi, nous essayons de travailler dans un secteur structuré et dans un cadre de compétition loyale avec une mise en place d’un certain nombre de normes pour avoir des produits de qualité normalisés. Évidemment, nous faisons, depuis quelques années, une mise à niveau de nos industries pour pouvoir donner des produits à des prix compétitifs et de qualité conforme aux dispositions normatives du Maroc. Et c’est ce que nous avons essayé de mettre en place avec le Groupe Al Omrane afin de l’aider à la réalisation de ce programme extrêmement particulier, puisqu’il s’adresse à une population pauvre qui, s’elle n’a pas accès à des logements à 140 000 DH, elle va s’installer auprès des bidonvilles et des baraques. Voilà, à peu près, ce que nous sommes en train de faire et surtout de donner la possibilité à Al Omrane de venir directement faire leur marché auprès de nos usines en évitant un certain nombre d’intermédiaires et en offrant un certain nombre de prix qui sont très compétitifs pour les aider à réaliser ce programme de logements à 140 000 DH.

Les matériaux de construction constituent un handicap pour la réalisation des projets sociaux (les logements de 200 000 à 500 000 DH). Existe-il une politique d’encouragement de la part des entreprises pour y contribuer ?

Le Maroc a une chance énorme, puisqu’il fait partie des rares pays qui peuvent proposer à ses entreprises de construction 90 % de tous les matériaux nécessaires à la construction d’un cadre bâti. Si on devait attendre pendant deux ou trois mois qu’un bateau de ciment, de fer, de sanitaire ou de carreaux vienne et que les chantiers soient arrêtés, ça serait une catastrophe. Cependant, nos entreprises ont pu suivre la demande et son explosion. Nous n’avons jamais eu de frein ou de stop. Donc, nous avons fait les investissements dans un cadre de benchmarking à des prix similaires, même moins chers qu’à travers le bassin méditerranéen. Aujourd’hui, lorsque vous voulez acheter un mètre carré de carreaux, vous le trouvez à 50, 55 ou à 60  DH ; Ce sont des prix très intéressants ! Vous pouvez acheter un lavabo qui dure 15 ans à un prix de 150 DH. Donc, je ne vois pas en quoi les prix sont pénalisants. Je crois qu’aujourd’hui, les prix de matériaux de construction au Maroc sont très intéressants. Les promoteurs ont de la chance d’avoir des produits en quantité, une concurrence et un marché ouvert. Alors, il faut faire marcher cette concurrence à fond. 

La production nationale des matériaux de construction répond-elle aux besoins du marché dynamique de l’habitat ?

On a passé certes des périodes de rareté et un peu tendu, compte tenu de l’explosion de la demande, mais les cimentiers, les briquetiers, ceux de sanitaire, de béton et d’autres, ont investi. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation de facilité d’avoir à disposition des produits nécessaires à la construction. Non seulement, le Maroc dispose suffisamment de produits des matériaux de construction, mais il en exporte une grande partie, notamment dans les carreaux, les céramiques de sanitaire, le marbre et dans d’autres produits. Donc, nous avons un secteur qui est bien florissant et bien développé. Contrairement à ce qu’on pense, par l’arrivée aujourd’hui de nouveaux entrants qui nécessitent des débouchés, il peut y avoir des difficultés. C’est pour cela que s’il y a un frein du cadre de bâti ou dans la construction, nous risquerons d’avoir un retour en cascade aux arrêts d’usines, aux de licenciements, etc.

Qu’en est- il des mesures de sauvegarde adoptées par le ministère de l’industrie et de commerce au profit des entreprises nationales de l’industrie des matériaux de construction ?

Effectivement, il s’agit des mesures de sauvegarde que le Ministère de l’industrie et de commerce avait prises pour essayer de réguler ces marchés. Ces mesures qui se sont arrêtées ont duré trois ans. Alors, nous sommes dans la phase de renégociation de ces mesures de sauvegarde. Après une étude et après une enquête, le ministre de l’industrie et de commerce a exprimé qu’il était d’accord pour renouveler durant une nouvelle période de trois ans ces mesures de sauvegarde pour essayer de permettre une meilleure mise à niveau de ce secteur national important où il y a de gros investissements.

Alors, quel est l’état actuel de ces industries des matériaux de construction ?

L’état actuel de ces industries est bien, non pas parce qu’il y a une protection. Vous savez que l’Espagne dispose de 300 millions de carreaux dans le stock. Cette situation pousse les unités de production à vendre à n’importe quel prix. C’est dire que nous avons vu dans ce secteur de gros investissements, notamment le Groupe Chaâbi qui  vient de lancer une usine avec presque 30 000 carrés par jour et 250 millions DH d’investissements. D’autres entreprises ont aussi investi dans ce domaine. Donc, c’est un secteur qui se mobilise, essaie d’atteindre un état critique, de survivre et de se développer. N’oubliez pas que le mot zellige, c’est un mot arabe ; c’est une tradition centenaire ! Donc, c’est dommage que cette industrie ne soit pas soutenue et qu’elle disparaisse au Maroc ! Ainsi, c’est normal qu’il y ait ce soutien.

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