Comment protéger notre environnement? La question est bien épineuse. Toutefois, durant ces dernières années, des solutions technologiques alternatives en matière de dépollution ont été développées. Qu’il soit au Maroc ou au plan international, Construire Magazine qui a participé aux grands salons nationaux (EnviroMaroc) et internationaux (Pollutec, IFAT…) en a fait le constat. C’est ainsi qu’à travers ce dossier, nous allons essayer de voir le chemin parcouru par notre pays en la matière. Du cadre juridique en passant par l’engagement des entreprises sur la question jusqu’à l’implication du citoyen tout court, un certain bout de chemin a été réalisé. C’est à se demander quelles sont les pratiques marocaines en matière de protection environnementale et quelles sont également les opportunités d’amélioration du système marocain d’études d’impact.
Les enjeux liés à l’environnement sont énormes. 4% du PIB. Tel est le coût lié aux dégradations de l’environnement. Plus exactement, l’estimation du secrétariat d’Etat en charge de l’Eau et de l’Environnement porte sur 13 milliards de DH/an. Ce coût résulte bien évidemment de plusieurs facteurs tels que la surexploitation des ressources, les changements climatiques, la désertification, mais aussi des émissions et rejets de polluants domestiques et industriels. Le tout affecte l’eau, l’air et la biodiversité. C’est la rançon des grands projets de développement économique et social, mais c’est aussi la conséquence du retard pris dans la mise en place de certaines infrastructures socioéconomiques.
Heureusement qu’au cours de ces dernières années, on constate une nette prise de conscience de la protection de l’environnement dans la politique gouvernementale. Concrètement, c’est au milieu des années 90 qu’on a enregistré une prise de conscience par rapport à cette problématique. Ce qui a engendré une vision de développement durable menée par les pouvoirs publics. Le mérite de cette démarche est aussi à mettre au bénéficie de la société civile et des médias. A cela s’ajoute l’impulsion donnée suite aux recommandations du sommet de Rio organisé en 1992.
La politique engagée vise principalement à réduire la pollution de près de 80% à l’horizon 2020. Dans ce cadre, rappelle-t-on auprès du secrétariat d’Etat à l’Environnement, divers programmes de lutte contre la pollution sont d’ores et déjà engagés sans oublier le volet réglementaire qui a été enrichi de 5 lois relatives à la protection et à la mise en valeur de l’environnement. En effet, le premier travail a été la mise en place d’un cadre juridique adéquat. Ainsi l’année 2003 a connu l’adoption de trois lois fondamentales. « La préparation de l’arsenal juridique et institutionnel a été le premier chantier attaqué dans le cadre de la nouvelle stratégie du pays en matière d’environnement. Cela a démarré en 1998 avec la mise en place d’un département dédié à l’environnement. En 2001, l’organigramme de ce département, composé de 4 directions, a été adopté. Directions qui ont dû mettre au point des textes juridiques et législatifs. De fait, trois grands textes de loi ont été validés par le Parlement. Ces derniers concernent l’environnement, l’étude d’impact et la qualité de l’air. Un travail similaire a été fait également pour le secteur du traitement des déchets. Parallèlement à cette action, les efforts ont porté sur la formation et le transfert de l’expertise au profit des experts marocains », souligne un Haut responsable au Département de l’Environnement.
En tête, la loi n° 12-03 sur les Etudes d’impact sur l’environnement (EIE). Ce texte s’inscrit dans l’esprit de développement durable. Avec sa publication, les projets d’investissement de grande envergure ne seront plus validés s’ils ne sont pas accompagnés d’une étude d’impact attestant leur conformité avec le respect de l’environnement. Le texte fixe la liste des secteurs concernés comme les projets industriels, énergétiques et les déchets.
L’examen de ces dossiers est confié à un comité national présidé par le département de l’Environnement dans lequel siègent les secteurs concernés.
Aujourd’hui, les axes d’intervention de l’Etat se déclinent sous forme de programmes complétés par des actions ciblées. En tête figure le Programme national d’assainissement liquide (PNA). Ce plan, dont la réalisation nécessiterait pas moins de 43 milliards de DH, a pour objectif d’augmenter le taux de raccordement au réseau d’assainissement de 70 à 80% et de réduire la pollution domestique et industrielle de 60% à l’horizon 2020. Il consiste en une mise à niveau du service d’assainissement (réseaux d’assainissement et épuration) au profit de 10 millions d’habitants. Les retombées attendues sont jugées très positives à divers niveaux, des recettes de l’Etat, de la création d’emplois, de réduction des risques sanitaires et surtout du recyclage des eaux usées. De sorte qu’à l’horizon 2020, on n’aurait pratiquement pas de rejet sur le milieu naturel. En attendant, à fin décembre 2007, 64 villes ont bénéficié du PNA. Pour l’année 2008, une trentaine de localités ont pu également bénéficier de ce programme. Rappelons que le PNA assure une contribution financière de 30% du projet, tandis que le reliquat sera supporté par les communes ou l’Office national de l’eau potable.
Le Programme national des déchets ménagers (PNDM) cible, comme l’indique son intitulé, cette autre grande source de pollution. L’objectif est d’atteindre à l’horizon 2021, un taux de 90% de collecte et de traitement des déchets ménagers. Le PNDM ambitionne aussi de généraliser les décharges contrôlées à l’ensemble des agglomérations. Avec à la clé l’organisation et la promotion de la filière de «tri–recyclage–valorisation». Il est ainsi prévu d’atteindre le taux de 20% de récupération des déchets générés. Le coût global de ce programme est estimé à 37 milliards de DH.
Parallèlement, le département de l’Environnement compte initier des conventions de partenariat avec les régions. C’est le cadre idoine pour mutualiser les moyens et concrétiser certains projets à composante environnementale. Il s’agit notamment de la lutte contre la désertification et la pollution, la sensibilisation et l’éducation environnementale ainsi que la recherche scientifique et l’amélioration des compétences. La mise à niveau environnementale dans le milieu rural est aussi plus que préoccupante. Sur les 17.500 écoles rurales du pays, plus de 62% (soit 12.176 écoles) sont dépourvues d’infrastructures d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable. Cette situation a des impacts négatifs, notamment sur la scolarisation des filles, sans oublier la santé des écoliers et des instituteurs. Le Programme national de mise à niveau environnementale des écoles rurales a été initié dans l’objectif d’améliorer le cadre de vie au sein des écoles et autres institutions coraniques et mosquées. Le budget alloué à ce programme pour la période 2008-2012 est estimé à 1,6 milliard de DH. Budget partagé entre les départements concernés (Intérieur, Santé, Education nationale, Eau et Environnement, Eaux et Forêts), les collectivités locales, les agences de développement social, le secteur privé et la coopération internationale.
En tous les cas, le grand défi actuel, c’est, à en croire plusieurs experts de l’environnement, l’application des textes afin de permettre d’intégrer les préoccupations d’ordre environnemental dans toutes les politiques sectorielles du pays.
Encadré 1 :
Gestion des déchets : Les communes à l’heure des décharges contrôlées :
Propres, efficaces, mais malheureusement très coûteuses, et c’est là toute la question sur les décharges contrôlées. Avec son coût onéreux, les collectivités locales réfléchissement à deux fois avant d’investir dans la gestion propre et écologique de nos déchets. Rabat a inauguré il y a quelques mois une décharge contrôlée, pour remplacer celle de Oum Azza. C’est la société Sogedema, filiale du groupe français Pizzorno, qui en est le concessionnaire. Le projet avait alors été qualifié de «première africaine». Depuis, d’autres villes comme Berkane ou Kénitra se sont aussi mises à niveau en créant des décharges contrôlées. La décharge publique de Médiouna, à Casablanca, sera d’ailleurs remplacée par une nouvelle qui sera conforme aux standards internationaux. Trois sociétés sont en lice pour la gestion déléguée: Veolia, Ecomed et Techmed. Et le phénomène a des chances de prendre de l’ampleur, compte tenu de la loi 28-00, adoptée en novembre 2006. Mais, les décharges sauvages sont encore légion, et il reste beaucoup d’efforts à déployer.
La ville de Témara, près de Rabat, se met aussi au parfum écologique. ICP, une entreprise allemande constituée en SARL au Maroc depuis 2004, ouvrira le premier centre de tri du pays. En collaboration avec la commune, il devrait entrer en service dès l’automne prochain.
Les habitants de Témara n’auront pas à trier eux-mêmes leurs déchets ménagers, car tout s’effectuera au centre de tri même. Les matières réutilisables (papier, plastique, verre et métal) seront recyclées. Les déchets organiques, quant à eux, seront valorisés en combustible secondaire. «Les cimentiers sont très intéressés à racheter ces matières», assure ICP. Le coût estimé du centre de tri tourne autour de 25 millions de DH.
Encadré 2 :
L’expertise allemande au service du Maroc :
La GTZ, Coopération technique allemande, se charge avec ses partenaires marocains de faire un suivi sur le terrain. Une mission où la KfW , Banque allemande de développement, joue un rôle également. L’eau accapare 56% des projets de coopération actuellement en cours. Suivent les énergies renouvelables (31%), l’environnement (7%), l’éducation… En 30 ans, un volume de plus de 400 millions d’euros été injecté dans l’assainissement et l’alimentation en eau. En matière d’eau, d’assainissement et d’environnement, les engagements de la banque s’élèvent à près de 375 millions d’euros. Le monde rural, les petits et les moyens centres de l’ONEP en ont bénéficié, soit huit millions de Marocains. C’est connu. La protection de l’environnement est un véritable filon commercial! Filon que l’Allemagne a su exploiter pour devenir leader mondial avec 16% de parts dans le commerce international.
Au Maroc, le vent, le soleil et la biomasse peuvent fournir «jusqu’à 200 fois la consommation d’électricité actuelle!» précise un responsable de GTZ-Maroc. Il y a même une possibilité d’exportation d’électricité verte. Et en prime 220.000 postes d’emplois. Mais à condition de mobiliser le secteur privé. Une alternative énergétique qui demeure, malgré les plans et les efforts, encore sous-exploitée. Rappelons que l’Allemagne, 1re puissance économique européenne, a banni depuis 20 ans les centrales nucléaires de son sol.. L’Allemagne a développé des technologies de pointe dans les énergies renouvelables. En quelques années, elle est passée au premier rang mondial, sur l’éolien. Le pays est même appelé à abandonner définitivement l’énergie nucléaire (19 centrales) et accorde aujourd’hui la priorité au développement des énergies de substitution.
Concernant la dépollution industrielle, la banque a mis en place un fonds (FODEP) offrant des dons à hauteur de 40% des coûts des projets environnementaux des entreprises. Par ailleurs, la KFW a lancé un projet de mise en place d’un centre national d’élimination des déchets spéciaux (CNEDS), pour près de 10 millions d’euros. Un projet prévu il y a quelques années déjà, mais dont l’étude de faisabilité n’a été lancé que l’an dernier.
Encadré 3:
Les énergies renouvelables font leur entrée dans le monde du BTP :
Amina Benkhadra, ministre de l’Energie, des mines, de l’Eau et de l’Environnement et Taoufiq Hejira, ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’espace, ont signé en novembre 2008 une circulaire interministérielle pour inciter les opérateurs immobiliers à prendre en considération les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique dans la conception architecturale et dans les projets d’aménagement et de construction en attendant la promulgation du code de l’urbanisme. En effet, cette circulaire définit les conditions d’application des dispositions de la convention relative à l’amélioration de l’efficacité énergétique dans le secteur de l’habitat signée en juillet 2008. La nouvelle stratégie énergétique intègre l’efficacité énergétique dans les secteurs-clés du bâtiment, du transport et de l’industrie à travers la promotion de technologies propres et la mise à niveau de normes et spécifications énergétiques. Selon Mme Benkhadra, le bâtiment est incontestablement l’un des secteurs présentant le meilleur potentiel d’amélioration en termes d’efficacité énergétique. La ministre a mis l’accent aussi, au cours de son intervention, sur les axes prioritaires fixés par son département dans ce cadre. « Le Plan national d’actions prioritaires du secteur énergétique a adopté des mesures urgentes d’efficacité énergétique, en particulier la généralisation des lampes à basse consommation par la mise en place de 22 millions de lampes à l’horizon 2012, la promotion de l’utilisation des chauffe-eau solaires, le développement du marché des capteurs solaires thermiques à hauteur de 40.000 m² par an, l’utilisation des équipements normalisés et la réalisation des projets pilotes d’efficacité énergétique », a déclaré la ministre de l’Energie.
Encadré 4:
Energie renouvelable : Baisse des taxes en vue :
Amina Benkhadra, ministre de l’Energie, des mines, de l’Eau et de l’Environnement tient à ses promesses. Lors des premières assises de l’énergie en mars dernier, la ministre de l’Energie s’est engagée à adopter une loi réglementant les énergies renouvelables. Une semaine plus tard, le projet de loi est dans les parapheurs du Conseil de gouvernement. Ce texte est attendu depuis plus d’un an, précisément depuis que la ministre a annoncé la volonté du Maroc d’augmenter, à l’horizon 2020, la contribution de ces nouvelles sources d’énergie à 20 % de la consommation nationale, aujourd’hui largement dépendante des hydrocarbures (87% de l’électricité produite actuellement est à base de pétrole). La nouvelle réglementation prévoit la transformation du CDER (Centre de développement des énergies renouvelables) en agence, donc plus autonome. Elle vise aussi à attirer, via des exonérations fiscales et un fonds de soutien aux opérateurs, un maximum d’investissements privés dans la production d’énergies propres, à savoir l’éolien, le solaire et les biocarburants. En 2008, déjà, une modification des statuts de l’ONE avait porté le seuil de production privée d’électricité éolienne de 10 à 50 méga watts. A l’époque, l’effet a été immédiat : la filiale de l’ONA, Nareva, avait annoncé des investissements de plusieurs milliards de dirhams dans un parc éolien. Au-delà, le Département de l’Energie et des Mines est en train d’étudier les propositions qu’il va présenter au ministre des Financesdans le cadre des prochaines Lois des Finances. Le ministère veut réduire considérablement les droits de douane et aussi la TVA sur l’importation du matériel et des outils pour les énergies renouvelables, notamment solaires
Encadré 5:
Quelques entreprises de BTP qui ont misé dans l’environnement :
Sonasid : L’entreprise mène actuellement des études pour le développement de nouvelles niches pour le recyclage des déchets. En effet, le leader sidérurgique marocain vient d’acquérir une carrière d’un hectare pour l’enfouissement en décharge contrôlée des déchets de l’aciérie. Cette dernière génère notamment 14.000 tonnes de poussières. Pour ce projet, l’étude d’impact est en cours d’approbation finale par le ministère de l’Environnement. La firme accorde une importance toute particulière à la préservation de l’environnement, est-il indiqué. L’entreprise a opté pour des solutions axées essentiellement sur l’économie de l’énergie, le recyclage et le traitement des eaux, des sous-produits et des déchets.
C’est dans cet objectif que l’aciérie a été dotée d’une unité de dépoussiérage pour la captation et le traitement des fumées. Des stations de traitement des eaux ont été également aménagées.
Premier consommateur d’énergie du pays, Sonasid cherche à maîtriser les coûts et à en diversifier les sources.
Cimenteries : Depuis une dizaine d’années, les cimentiers ont investi le créneau de la gestion des déchets en mettant en place des fours d’incinération et autres procédés de valorisation des déchets. Ainsi, ils ont injecté pas moins de 2 milliards de DH pour la mise à niveau des équipements et des procédés, entre autres, actions. De même, ils ont adopté un système de management visant la gestion efficace et pérenne de l’environnement, selon le référentiel ISO 14.100.