ARCHITECTURE
Les architectes face à la concurrence étrangère
- Concours du Grand Stade de Casablanca Pomme de discorde ONA-DEP - Le droit de rponse de lONA la DEP est-il fond ?
L’Ordre National des Architectes (ONA) vient de répondre, et de façon très musclée à la Direction des Equipements Publics (DEP) du Ministère de l’Equipement et des Transports.
Ce droit de réponse qui fait suite à l’appel d’offre sur le concours international du projet sur le futur grand stade de Casablanca, est sommes tout un réquisitoire sur les réalités de la profession d’architecte au Maroc et de la loi qui la protège.
En premier, les architectes à travers l’Ordre National des Architectes estiment que la Direction des Equipements (DEP) du Ministre aurait pu les joindre au projet avant même le lancement de son appel d’offre. Ceci aurait probablement permis à la profession de fixer les conditions de sa participation, puis qu’au grand dam de cette profession, un des critères de base retenu par la DEP est bien entendu la réalisation au préalable d’un stade de 70.000 place par les différents candidats.
Ce critère élimine d’emblé les architectes nationaux, il restera dans le pire des cas, la formule de se constituer en groupe avec des architectes étrangers, ce qui n’est pas sans reposer la dure équation de la mise à niveau de la profession d’architecte au Maroc. Mais revenons en au projet du grand stade de Casablanca, pour faire constater qu’il s’agit là, d’un projet urbain qui doit s’intégrer dans son environnement socio-économique.
Et pour en être on peut plus clair à ce sujet, M. Belaïd Bouimid, dans sa chronique consacrée à ce sujet au sein de la revue sport hebdo n° 52 du 7 avril 2009, se pose la question de savoir si : «le Grand Stade de Casabalanca est-il une affaire de la seule administration ?
Et de préciser que ceci se déroule « à un moment où on nous dis vouloir donner leur chance aux architectes marocains ». Le stade de France qui a abrité la finale de la grande coupe du monde 98, a été lui même conçu suivant une politique de proximité avec ses habitants, dont chez nous l’architecte de par son profil, constitue un garant l’ histoire civilisationnelle du peuple marocain. Il va donc de soit, que cet auxiliaire de l’Etat pour les questions d’urbanisme soit lié au projet et ce, depuis sa base afin de lui conférer tout son aura populaire. Et de plus, il y a au Maroc l’existence de la loi 016/89 qui protège la profession d’architecte face à une expertise importée puis que cette loi ne permet pas aux architectes étrangers d’exercer au Maroc. Dans ce sens, l’Ordre cite dans un communiqué paru dans la presse nationale «La DEP est en infraction avec la loi 016/89 ». A contrario, il appartient à la DEP de démontrer toute la légalité de sa démarche aux architectes, qui sont d’ailleurs prêts à rencontrer cette cellule du Ministère de l’Equipement. Mais comment parvenir à un entendement si votre interlocuteur se refuse à toute discussion «suite à la réaction de l’Ordre, au lieu de redresser la situation et de dialoguer, la DEP campe sur sa position… », renchérit ce même communiqué de l’Ordre des Architectes.
D’un autre côté, si l’on considère le critère sur lequel seront sélectionnés les candidatures, et qui porte sur la réalisation au préalable d’un stade de 70.000 places, tout semble indiquer que les architectes marocains sont automatiquement «court-circuités » de ce projet. Et pour en rétablir la lumière en tenant compte d’une part, de la loi existante, et d’autre part, des engagements du Maroc dans le cadre de la mondialisation des services, tout en considérant également le fait qu’une telle infrastructure nécessite forcément une expérience qui est à vulgariser du côté de l’ingénierie nationale, les deux parties en cas de terrain d’attente, opteront au meilleur des cas pour une formule de consultation, qui verrait les architectes marocains être associés à leurs homologues étrangers. Mais à quel prix ?
Ce que redoute l’ONA qui a pure et simplement demandé les architectes marocains présélectionnés pour la circonstance de l’appel d’offre, de se retirer sans délais en guise de solidarité à la profession. En fait, le différent qui oppose la DEP à l’Ordre National des Architectes, n’est que révélateur de la dure réalité qui menace toute l’ingénierie locale. « En réalité, beaucoup d’organisations de l’Etat s’érigent en tant que maître d’ouvrage ou maître d’ouvrage délégué.
Et pour masquer cette incompétence, font recours à des cabinets étrangers d’ingénierie, qui en fait font aussi bien la maîtrise d’ouvrage délégué, que la maîtrise d’œuvre technique », s’est prononcé un des témoins de ce dossier. En pareille circonstance, il est clair que les architectes et bien d’autres professions de l’ingénierie, ne sont plus que de simples figurants bons pour leur signature (nécessaire pour donner une conformité aux projets). L’autre inquiétude est de savoir que la loi 016/89 va forcément disparaître, dans le cadre de la libéralisation des services prévue en 2010. Et d’ici là, la question est de savoir que deviendront les architectes marocains ?
Puis que déjà lâchés aux crocodiles par leur propre administration avant même la levée complète des barrières en matière de services. Il ne reste plus à l’Ordre National des Architectes à prendre un train de mesures pour sa mise à niveau de la profession au Maroc. Les entreprises du BTP membres de la FNBTP sont aujourd’hui au diapason de la compétition internationale grâce au Contrat-Programme convenu entre la FNBTP et l’Etat, qui, faut-il le rappeler, a permis d’hisser haut la qualité de service des opérateurs nationaux dans les travaux publics (TP). À suffisance pour croire que l’Ordre des Architectes soit aussi capable de penser à son devenir.
Au besoin, puisqu’ils en sont des bons dessinateurs, calqués ce qui se fait de mieux ailleurs pour avancer avec optimisme. Car si les choses restent ainsi et que l’Ordre n’attende que jouer un rôle de « pompier », on sera loin du bon compte d’ici la levée complète des barrières. D’autant plus que les projets structurants comme celui du grand stade de Casablanca, et qui peuvent s’avérer une véritable manne pour la mise à niveau structurelle de la profession, continuent à lui échapper. Citons comme autre cas de marché, le projet de réalisation du nouveau siège de Maroc Telecom à Rabat sur 20 étages et qui n’a rapporté comme honoraire à l’architecte marocain signataire qu’un minimum de 2% du montant global du projet. Le reste ayant été empoché par un cabinet d’architecture étranger.
La profession d’architecte, qui a le devoir de mémoire au sein d’une nation à valeurs culturelles comme la nôtre, serait-elle devenue aussi réductible ?
Les architectes marocains ont-ils été rattrapés par la libéralisation des services ?
Il n’y a plus l’ombre d’aucun doute, les architectes marocains n’arrêtent plus de se plaindre, de leur mise à l’écart quant à certains marchés hautement budgétisés par le Trésor public marocain. Et au besoin de le dire, c’est toute l’ingénierie marocaine qui pâtirait du manque d’opportunité actuellement, puis que plus de 80% des commandes publiques vont dans les poches des cabinets étrangers sous forme de contrat gré à gré. Et si l’on considère cette nouvelle forme de passation des marchés publics, plutôt révolue, puis qu’on exige aujourd’hui un minimum de concurrence dans l’adjudication d’un marché publics, plus particulièrement dans le domaine de l’architecture où l’Union Internationale des Architectes, instance suprême à l’échelle mondiale de cette profession, exige que soit organisé des concours avec une participation action des architectes nationaux. Selon les explications des architectes, ce concours de la DEP est tout, sauf un concours international, puis qu’il a omis de joindre les architectes marocains dès le départ «ce n’est qu’après protestation de l’Ordre National des Architectes, que la DEP a décidé rectifier le tir», s’est-on convié du côté de l’ONA.
Alors, comment arriver à construire un tissu national professionnel compétitif, dès lors que les moyens devant servir à sa structuration s’en vont ailleurs. Plusieurs associations professionnelles dans l’ingénierie sont d’ailleurs confrontées à cette illégale attribution des marchés publics au profit des cabinets étrangers. Ce que l’on peut reprocher en retour aux professionnels marocains, c’est d’avoir négliger de se mettre à niveau un peu plus tôt notamment quand on sait que l’ouverture complète des barrières dans le cadre de la libéralisation des services
est pour bientôt (2010 pour être on peu plus précis), cela rend les choses plus compliquées.
Comment feront les architectes pour trouver des mesures de se sortir de l’impasse en moins d’un an ? alors que la profession a manqué d’actions depuis pratiquement 6 ans. Des problèmes internes seraient à l’origine de cette perte de vitesse sur la scène publique.
Un réveil tardif
Donc, trop de temps s’est écoulé avant que l’ONA ne prenne des mesures pour ouvrir la profession sur un développement durable. Déjà sous l’ère du ministre M’barki, la mise à niveau dans cette profession était déjà évoquée, ne manquait plus que des réformes pour l’assoire véritablement. Il a fallu attendre l’ère Hajira, pour voir les architectes commencés à s’interroger sur un avenir plus que jamais incertain «le concours du grand stade de Casablanca n’est en réalité que le révélateur d’un phénomène plus profond aux effets pervers qui menace le développement et la pérennité de notre tissu professionnel», peut-on lire sur le communiqué de l’ONA. En pareille circonstance, mieux vaut tard que jamais, l’ONA veut prendre le taureau par les cornes, en essayant dans la douleur de tracer des réformes et de les faire valider par les pouvoirs publics dans l’urgence du moment « nous avons demandé et obtenu de la part des pouvoirs publics, la possibilité de créer des Ecoles Nationales d’Architecture sur l’ensemble du territoire. Après l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat, on note désormais celle de Casablanca accouchée par «césarienne», celle de Fès et celle de Tétouan. Ce qui porte le nombre à 4 écoles d’architecture au Maroc, en attendant l’ouverture d’une 5ème école à Marrakech. L’Ordre National des Architectes, dans sa démarche a voulu commencer sa mise par une mise en place des structures de formation. Cette première étape dans la nouvelle organisation de la profession est secondée par la mise en place d’un décret qui impose un stage de deux ans de stage à tous les nouveaux lauréats de la profession. Autrement dit, il faut forger pour être un bon forgeron. Ce décret qui se trouve aujourd’hui entre les mains du Secrétariat Général du Gouvernement (SGG), a déjà passé été analysé à plusieurs niveaux, et tout porte à croire son avènement est pour demain. Une liste des cabinets les plus importants du pays a déjà été élaborée par l’Ordre. Objectif, prendre sans plus tarder le train de la mise à niveau marche. Il existerait aussi une possibilité pour chaque lauréat de passer son stage à l’étranger, sous réserve que les Ordres professionnels dans ces pays qui reçoivent les élèves architectes marocains, aient des relations avec l’Ordre National des architectes au Maroc.
La profession veut former beaucoup plus de personnes, tout en accordant un intérêt particulier à la formation continue. L’ONA a mis en place en collaboration avec certaines grandes écoles au niveau national, des Masters dans les domaines de l’Architecture et de l’Urbanisme. Avec l’Ecole Hassania des Ingénieurs et avec l’ENA par exemle, il s’agirait de mettre en place un Master d’aménagement urbain et un autre Master en gestion du patrimoine. Par ailleurs, à l’instar de ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, le pocessus de mise à niveau de la profession d’architecte, imposera aux architectes marocains, c’est ce que souhaite l’ONA dans sa feuille de route, de passer tous les deux ans des tests d’évaluation en vue de leur labellisation.
« C’est un choix important pour la profession », s’est confié M. Ouazzani, Vice de l’Ordre National des Architectes. Il s’agit d’une sorte de classification qui permettra aux architectes d’aller vers un certains nombres d’ouvrages publics. Le seul hic, c’est que l’ONA est contraint d’opter pour une gouvernance à vue, puis que sont Contrat-Programme déjà élaboré conjointement avec le Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace, doit encore attendre d’être validé par le reste des ministères, qui sont également concernés par l’offre de service en architecture dont : le Ministère de l’Equipement, le Ministère de l’Education Nationale, le Ministère des Sports… Or, selon les explications fournies par un architecte de la place casablancaise, pour que ce Contrat Programme applicable, il faut qu’il obtienne l’avis favorable d’au moins cinq départements ministériels avant d’être soumis ne dernier recours au Premier Ministre.
Le chemin est long et truffé d’incertitudes, quant on sait aujourd’hui la position de la DEP face à cette même profession. Mais est-ce une raison pour ne rien essayé ?
L’ONA a compris qu’il faut parfois trouver des parades pour avancer, et c’est ce qu’il fait quand il convient d’un contrat d’architecture, avec certains organismes publics sous tutelle du Département de l’Habitat et de l’Urbanisme, tel que Al Omran, les Agences Urbaines de l’ensemble du territoire «nous en remercions tous les confrères qui nous ont permis de parvenir à ce stade d’avancement de notre mise à niveau», dixit M. Ouazzani.
Ils ont dit ...
« … on enlève aux architectes marocains tout droit de compétence et tout droit de concurrence… »
M. Azelarab Benjelloun,
Président du Conseil régional du Centre des Architectes
La problématique est un petit peu compliquée qu’elle n’apparaît, surtout quand on fait appel à des concours à l’international. Lorsqu’on parle de concours, cela veut dire met en concurrence des architectes pour obtenir une meilleure qualité.
S’agissant du concours du grand stade de Casablanca, le critère de sélection du concours disqualifie d’entrée de jeu les architectes marocains puis qu’il exige avoir réalisé au préalable un stade de 70 000 places. Cela veut dire également qu’on enlève aux architectes marocains tout droit de compétence et tout droit de concurrence sur le plan international. Ce qui est anormal dans ce genre de concours, c’est de réduire les compétences nationales au seul rang de signature.
J’imagine que si on est à Paris et qu’on souhaite réaliser un théâtre avec des signatures américaines, mais s’en serait une révolution. Nous disons aussi qu’il y a, aujourd’hui, sur le plan international, un règlement promu par l’Union International des Architectes (UIA) et qui permet les concours. Donc nous ne sommes pas contre ce concours, mais laisser nous concourir comme nous le faisons partout ailleurs. Il faut savoir qu’il y a des cabinets d’architecture qui font des concours sur le plan international.
À titre d’exemple, autour des années 80, il des concours qui ont été lancés en Espagne et gagnés par des architectes marocains. Alors je crois qu’il est grand temps de faire confiance à nos compétences.
« …l’ingénierie marocaine s’est développée
dans un contexte de concurrence... »
M. Moncef ZIANI, Président de la FMCI
• Construire Magazine : L’ingénierie marocaine est semble-t-il confrontée à une fuite des marchés au profit d’une expertise étrangère. Partagez-vous ce constat ?
• M. Moncef ZIANI : La part de l’ingénierie marocaine au niveau du marché local est variable selon les secteurs : la quasi-totalité des études d’ingénierie dans le domaine du bâtiment et des infrastructures est réalisée par des bureaux d’études marocains. En particulier, l’ingénierie marocaine couvre la totalité des commandes dans les secteurs des routes et des barrages et s’exporte dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.
Les commandes attribuées aux cabinets étrangers s’expliquent soit par le mode de financement de ces projets qui impose la participation partielle des cabinets originaires des pays prêteurs, soit par le choix des investisseurs étrangers qui préfèrent confier leurs projets à des cabinets de leurs pays.
Pour ce qui concerne le domaine industriel, les investissements étant souvent réalisés clé-en-main, les prestations d’ingénierie sont de ce fait pris en charge par les fournisseurs étrangers. Par manque de commande, l’ingénierie industrielle marocaine reste donc très limitée.
• La levée complète des barrières douanières dans le cadre de la libéralisation des services, est prévue pour 2010. D’ici là que deviendra l’ingénierie locale ?
• L’échéance 2010 de la levée des barrières douanières n’a aucune signification pour notre secteur, puisque l’exercice de l’ingénierie au Maroc a toujours été complètement libéralisé. Tout bureau d’études étranger peut concourir à n’importe quel appel d’offres public ou privé et exercer librement au Maroc, sans même devoir avoir une représentation locale. Autant dire que l’ingénierie marocaine s’est développée dans un contexte de concurrence tout-à-fait ouvert.
Notre profession ne demande d’ailleurs aucune protection particulière, elle réclame simplement une réciprocité de traitement de la part des autres pays, en particulier ceux membres de l’Union Européenne.
• Comment la FMCI voit-elle la mise à niveau sectorielle du domaine de l’ingénierie au Maroc ?
• Je préfère parler de développement compétitif plutôt que de mise à niveau, puisque dans plusieurs secteurs (bâtiments, routes ou encore hydraulique), l’ingénierie marocaine est aux standards internationaux et réalise des projets d’envergure dans des pays tiers.
Nous avons finalisé récemment un projet de contrat-programme avec le Gouvernement qui a pour principaux objectifs de promouvoir et de structurer la profession et de donner plus de visibilité à nos relations avec les Pouvoirs Publics. Ce contrat-programme, qui est en instance de signature par les ministres concernés, porte sur 4 axes principaux : le renforcement des capacités de la profession, l’amélioration du cadre d’exercice, la promotion de la qualité et la formation continue.
« …la mise à niveau que nous attendons est une mise à niveau par le travail »
M. Rachid Ouazzani, Vice -Président de l’ONA
• Construire Magazine : La profession d’architecte est plaintive quant à un traitement qui tend à la réduire au rôle de simple signataire. Votre aperçu du problème?
• M. Rachid Ouazzani : L’architecte est un acteur économique de premier plan, il ne s’agit pas pour lui, de demander une mise à niveau qui serait caractérisée par un assistanat. Car c’est un acteur actif, qui est partie prenante dans le développement économique et social de notre pays. Ce qui revient à dire, que la mise à niveau que nous attendons est une mise à niveau par le travail. Cela sous- entend que les daignés publics, qui sont originaires de la contribution des contribuables marocains dans le cadre des investissements publics, ne doivent pas exclure les architectes et partant, toute l’ingénierie locale. Ce que nous voulons, c’est une globalisation intelligente et nous inscrivons en faut contre cette pratique d’exclusion…
• Il semblerait que votre profession soit dans le besoin d’une mise à niveau ?
• Les architectes comme vous le savez, vendent une prestation de service de matière grise, j’attends intellectuelle. Donc la mise à niveau dont il s’agit, est une mise à niveau de compétence. Aujourd’hui, la profession a forcément mis en place un certain nombre d’éléments pour mettre à niveau l’ensemble de notre tissu professionnel.
Premièrement, nous avons demandé et obtenu des pouvoirs publics la possibilité de créer des écoles d’architecture à travers le pays. Et comme vous le savez, il n’en existait qu’une seule celle de Rabat. Aujourd’hui, nous avons crée deux autres écoles dont une à Fès et une autre à Tetouan, sachant qu’une troisième est en cours de création à Marrakech. Notre premier souci était de mettre à niveau les structures de formation de la profession.
Deuxièmement, nous avons préparé un décret pour imposer les stages de deux années après les études d’architecture. Des cabinets parmi les plus importants du pays, ont déjà « été listés à cet effet ; De même que certains stagiaires peuvent passer leur stage à l’étranger, mais sous réserve que ces pays doivent rentrer dans le cadre de notre organisation professionnelle et d’avoir des relations entre l’Ordre National des Architectes et les Ordres dans ces différents pays. Former beaucoup plus de monde constitue notre ambition première. Nous avons aussi mis en place avec un certain nombre de grandes écoles de la place, un programme pour la formation continue des architectes en exercice en vu de leur attribuer des masters dans les domaines l’urbanisme et de l’architecture.
D’autre part, nous sommes en train de préparer un projet de décret à l’instar de ce qui se passe dans les pays anglo-saxon, pour faire passer des testes aux bureaux d’architecture au niveau national afin d’aboutir à leur labellisation qui leur permettra d’aller vers un certain nombre d’ouvrages publics en particulier. Donc, c’est en sorte comme une classification qui repose sur une évaluation des moyens et des compétences du cabinet concerné… »
Entretien Exclusif avec le Président de l’Ordre National des Architectes
Certains gros marchés publics échappent régulièrement à l’ingénierie locale. Selon des sources bien informées, ceci représente plus de 80% de la commande publique. Un fait récent, relatif au projet du futur grand stade de Casablanca est venu relancer le débat sur cet épineux phénomène qui constitue au besoin de le dire, une fuite des capitaux pour le Maroc et une condamnation professionnelle pour les opérateurs de souche marocaine. En exclusivité, Construire Magazine vous livre sans détour, l’intervention du Président de l’Ordre National des Architectes, qui, parlant au nom de toute la profession, soulève l’incompétence de l’administration locale en matière de passion des marchés, d’une part, tout en précisant que la profession loin de paraître xénophobe, elle souhaite un peu plus de dignité dans le traitement réservé à toute l’ingénierie marocaine.
• Construire Magazine : Un concours international sur le futur grand stade de Casablanca vient d’être lancé par le DEP du Ministère de l’Equipement et des Transports. Pourtant vous-vous dites lésés par la démarche. Pourquoi ?
• M. Omar Farkhani : C’est un concours d’architecture qui a été lancé sans aucune concertation avec l’Ordre national des architectes, et le comble est que l’on cite le Président de l’Ordre comme membre du Jury sans lui demander son avis. Mais le plus grave est que c’est un concours qui s’adresse des architectes non inscrits au Tableau de l’Ordre et donc non autorisés à exercer au Maroc. Sinon comment expliquer que l’on demande comme référence d’avoir réalisé un stade de 70 000 places ? Aucun cabinet marocain ne possède cette référence !
• Ce concours a pris en considération certaines candidatures des architectes marocains, n’est-ce pas une bonne chose qui prend en compte l’existence de compétences nationales en matière d’architecture ?
• Votre question me fait sourire : S’adresser aux architectes du Maroc est une obligation légale et morale, ce n’est pas un choix. Ce n’est pas un cadeau qu’on leur fait. Par contre faire appel à des architectes qui ne sont pas inscrits au Tableau est illégal. D’ailleurs actuellement l’Ordre examine le dossier avec ses avocats en vue d’entamer une procédure judiciaire contre les auteurs de cette infraction à la loi. Quant aux architectes marocains, on essaye de les utiliser comme alibi juridique, ce qui ne représente pas un rôle très honorable.
• Vous considérez que la DEP est en infraction par rapport à la loi 016/89, mais ne vous semble-t-il pas que cette loi soit en contradiction avec les accords de libre échange qui lient le Maroc et l’Europe ?
• Il ne faut pas mélanger les choses. Dans un Etat de droit, et le Maroc en est un, une loi se respecte. Le rôle d’une administration telle que la DEP est de la respecter à la lettre. Mais l’amendement d’une loi, si nécessaire, cela relève des compétences du législateur et non pas de la DEP. Quant à l’ouverture des frontières, les architectes du Maroc considèrent qu’elle représente une opportunité plus qu’une menace à condition que les pouvoirs publics aident la profession à s’y préparer.
• Nous considérons que ce concours international vient reposer là, l’épineuse problématique sur la mise à niveau de la profession d’architecte au Maroc. Et quoi qu’il en soit, l’heure est peut-être venue pour votre profession de faire aussi le choix d’un contrat programme pour sa mise à niveau. Où en êtes-vous face à cette nécessité ?
• Ce concours, comme celui du Grand théâtre de Casablanca, par exemple, repose plutôt la question de la nécessaire mise à niveau des maîtres d’ouvrages (donneurs d’ordre) : un maître d’ouvrage doit avant toute chose se doter des ressources humaines nécessaires pour gérer des projets d’envergure. C’est loin d’être le cas actuellement et c’est ce qui leur fait faire des erreurs aussi grossières (dans la programmation, la réglementation des concours, la constitution des jurys de concours, etc.).Dans ce sens, Le contrat programme est effectivement un excellent moyen pour rassembler tout le monde autour d’un projet commun destiné à préparer l’ouverture des frontières dans les meilleurs conditions.
• Il semblerait que les architectes marocains manquent d’expérience dans la réalisation d’un stade de cette envergure, et que leur seul moyen d’y participer reste leur association avec l’ingénierie étrangère. N’est-ce pas sur cette base qu’il vaudrait travailler pour défendre les intérêts de la profession par rapport à ce projet ?
• Un cabinet d’architecte organisé et qui dispose de la logistique nécessaire est en mesure de réaliser n’importe quel projet, à la seule condition qu’il ait en face de lui un maître d’ouvrage compétent. Si nécessaire, l’architecte peut se faire assister par des ingénieurs, des architectes consultants et tous types d’experts nationaux et internationaux, selon la spécificité du projet qu’on lui commande. Et je peux vous dire que les agences d’architecture marocaines n’ont rien à envier à leurs homologues étrangers. Il faut aussi que les cabinets marocains disposent des mêmes conditions que l’on offre aux cabinets étrangers ; par exemple dans le concours du stade, on offre des primes qui atteignent 4 millions de dirhams, alors que pour les concours qui s’adressent au Marocains, en général cela ne dépasse pas les 200 milles dirhams !
• Seuls quelques cabinets d’architecture travaillent régulièrement sur des gros marchés de l’Etat. En ce moment que devient le reste de la profession et comment avoir justement cette rentabilité qui permettrait de financer une éventuellement mise à niveau structurelle ?
• Dans une économie de marché telle que le Maroc, Il est normal que les cabinets les plus compétents et les plus structurés soient plus sollicités que les autres qui n’ont pas fait ou pu faire l’effort nécessaire pour s’organiser. C’est pour cela que nous incitons les architectes à s’organiser en groupements pour mutualiser leurs moyes matériels et humains et devenir ainsi plus compétitifs. Notre incitation consiste notamment à leur faciliter l’accès à certaines commandes de l’Etat à condition qu’ils fassent l’effort de constituer des groupements performants.
• À votre avis, les bureaux d’architecture au niveau national, ont-ils les moyens d’exécuter un tel projet tout en garantissant sa réussite en termes de qualité, sécurité et durabilité ?
• Oui, absolument, à condition qu’ils aient en face d’eux des maîtres d’ouvrages qui disposent des compétences nécessaires pour gérer des projets d’envergure.
• Ne sommes nous pas en présence d’une profession, qui, à défaut d’être marginalisée, vit sa propre marginalisation vu que la conjoncture favorable du bâtiment ne profite pas à tous ?
• La question ne se pose pas en ces termes. Les architectes marocains sont compétents, conscients de leurs responsabilités et prêts à les assumer. Il faut simplement que certains décideurs aient la même conscience de leurs responsabilités et la volonté politique d’utiliser la formidable énergie intellectuelle, artistique et technique que la profession met à la disposition de notre société.
• Votre Ordre s’est-il déjà penché sur ce problème et comment compte-t-il rétablir les équilibres dans ce sens ?
• Loin de tout corporatisme, l’Ordre national des architectes milite pour que les décideurs prennent conscience que le développement du secteur de l’habitat et de l’urbanisme ainsi que l’amélioration du cadre de vie urbain et rural des marocains passes par la mobilisation de nos compétences nationales. Il est aussi absurde de penser qu’un prestigieux architecte étranger puisse résoudre nos problèmes que de penser que nos villes ou nos ministères seront mieux gérés par des maires ou des ministres étrangers !